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vins d'Aquitaine
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Concept général
La lutte contre les maladies de la vigne est un véritable casse-tête, chaque agriculteur doit jongler avec l’impérieuse nécessité de récolter une vendange saine, d’éviter les gaspillages de temps, d’argent et pour quelques uns se rajoute la préservation de l’environnement.
La règle générale veut qu’un viticulteur suive le programme pré-établi par le technicien de la firme phytosanitaire de son secteur. Un programme type se définit comme suit :
12 traitements préventifs à appliquer avec une cadence de 8 à 14 jours, sans se préoccuper de la météo ou du risque d’infestation de maladies. Le principe général est de réaliser une couverture phytos mettant théoriquement la vigne à l’abri des maladies telle que mildiou, oïdium, black rot, excoriose, pour ne citer que les plus répandues.
L’intérêt pour le viticulteur est simple : dégager du temps, ne plus avoir à se tracasser de faire le tour des vignes (si ce n’est avec son tracteur), « dormons tranquille, le bouclier chimique est là. »
Seulement voilà tout n’est pas aussi rose dans le monde de la chimie.
A force de traiter à haute dose, les maladies ont développé des phytos résistances telles, que beaucoup de traitements deviennent inopérants.
On retrouve les molécules dans le vin, ce qui pose des soucis de qualité du produit, et de vinification
Quelques agriculteurs sont morts d’intoxication suite a l’utilisation des ces produits (bien sûr c’est tabou d’en parler)
Léguer à ses enfants une terre polluée, aseptisée, mettre notre santé en jeu, et ne pas être sûr de la qualité du vin, n’est pas vraiment logique pour nous.
Changer de techniques n’est pas bien vu dans le milieu, car toucher à un lobby entraîne fatalement des représailles. En ce qui nous concerne cela c’est traduit par une exclusion des circuits traditionnels de commercialisation, des tracasseries administratives et j’en passe.
L’année de notre installation, nous avons demandé au technicien de la société d’agrofourniture de nous préparer notre programme de traitement. Première constatation, la dose de traitement est la même en vigne large qu’en vigne étroite (on a pourtant 2 fois plus de pieds à l’hectare), ce qui nous à posé problème. Interrogé a ce sujet, la réponse que nous avons obtenu fut pour le moins évasive : ne cherche pas à comprendre, la dose c’est la dose, que les vignes soient étroites ou larges c’est pareil !!!!
Surprenant
Nous nous sommes dit que cela venait des principes de la filière, nous nous sommes tournés vers le bio.
Le discours du technicien fut identique à celui de l’agrochimie, à une différence près, 30% plus cher, et des doses de cuivre cumulé hallucinantes. Ne voulant pas contredire un personnage qui détient le savoir, nous avons obtempéré, le résultat ne s’est pas fait attendre, 75% du feuillage a brûlé, mettant en péril la récolte.
L’incompétence de ces techniciens nous a obligés à nous repositionner du tout au tout. Le déclic est venu de la rencontre avec une société spécialisée, dont l’objectif est le conseil, sans vente de phytos. Quitte a repenser les traitements, pourquoi ne pas se lancer dans une technique simple : ne traitons que si cela est nécessaire, avec un maximum de produits naturels, en gardant la possibilité d’utiliser l’agrochimie uniquement si cela est indispensable.
Il faut retourner voir ses vignes, au moins une à deux fois par semaine, et surtout être capable de reconnaître les signes précurseurs des maladies. Cela devint possible avec la société de conseil, son représentant passe toutes les semaines, réalise les comptages et les observations, nous remet une note écrite avec ses recommandations. Nous avons remplacé le bouclier chimique par celui du savoir et de la compétence.
Les résultats ont été immédiats :
1/ réduction de 50% de la facture d’achat des produits (inclus les produits naturels, et la prestation de la société)
2/ réduction par 16 de la quantité de désherbant à l’hectare
3/ disparition de tous mes maux de tête pendant la saison de traitement
4/ réapparition des auxiliaires : abeilles, coccinelles etc. ..
5/ amélioration énorme de la qualité du vin (médaillé d’or à Bordeaux en 2004)
Encouragés par des résultats aussi prometteurs, nous avons creusé la méthode, si la vigne « apprécie » autant ce type de comportement, pourquoi ne pas prendre le sol aussi en considération. Cela peut sembler simpliste, mais en viticulture, le sol est considéré comme un support nourricier, c’est tout. La faune et la flore qu’il abrite ne comptent pas. On estime qu’il faut lui apporter ce que les analyses nous demande de faire, point à la ligne.
C’est une porte extraordinaire que nous avons entr'ouverte, la prise en compte de toutes les interactions sol/plante nous a forcés à une remise en cause complète de notre vision de la culture de la vigne.
Tout doit être pris en compte, et le « confort » du cep dans son environnement est primordial, en gardant à l’esprit qu’il est là pour nous donner en retour une vendange de grande qualité, c’est donnant-donnant.
Ce qui nous paraît bon ne l’est pas forcement pour la plante. Je m’explique par un exemple :
Les volailles de ferme ont besoin de 30° de température ainsi que d’une humidité relative élevée les premiers jours de vie, ce n’est pas vraiment agréable pour l’homme, mais les poussins sont « comme des poissons dans l’eau ». Le principe est le même pour la vigne, d’où l’idée de considérer l’ensemble des éléments inter-agissant avec le raisin, que ce soit le cep, le sol, ou l’environnement, en excluant toutes idées préconçues .
Nous pouvons classifier en chapitre chacune des clés ainsi obtenues :
Le sol : de la faune et de la flore, de l’eau présente (en trop ou manquante), de l’oxygène présent (compaction ou trop léger), de la présence ou non d’éléments favorables et/ou nuisibles à la vigne (présence de cailloux, et de quel type) de la couche arable disponible (définie par trois horizons) jusqu'à la roche mère, cela varie de 20cm à plusieurs mètres
L’environnement : qui y a t’il autour du cep (type d’herbe), de la parcelle (présence d’un bois par exemple), la pente, et l’exposition au soleil, au vent qui détermine des pics d’humidité, de chaleur ou de froid.
Le cep : sa variété qui est un élément majeur dans le choix du sol approprié, le porte greffe (qualitatif a productif, tolérant au calcaire ou non), son age, qui détermine son enracinement, et enfin toutes les façons (l’ensemble des travaux de la plantation a aujourd’hui) qui on plus ou moins épuisé le pied.
Ce qu’il faut retenir : c’est l’interaction entre tous ces points qui nous aide à la conduite du vignoble, et que ce qui est valable sur notre ferme ne l’est pas forcement ailleurs
La méthode est simple, il n’y a pas de méthode, il appartient à chacun de se faire une opinion et d'en tirer les conclusions.
Sur notre exploitation, la prise en compte de tous ces facteurs nous a permis d’adopter une ligne de conduite particulière :
1/ drainage de chaque parcelle avant replantation
2/ enherbement de tous les rangs avec de la luzerne pour les sols profonds, et du trèfle pour les parcelles plus caillouteuse (voir chapitre : les plantes compagnes)
3/ taille courte a une latte, avec un maximum de 9 bourgeons par pied (12 sur vigne large)
4/ remplacement des engrais chimiques par du compost fabriqués sur place, sauf à la plantation des jeunes parcelles, ou nous rééquilibrons les sols en potasse et phosphate, mais avec un apport fractionné sur trois ans. Cette période est la seule ou la vigne ne produit pas encore, ensuite, les apports de compost amènent tous ce dont la vigne a besoin.
La prise en compte de tous ces éléments est certes exigeante, mais c’est passionnant, nous sommes loin d'en avoir fait le tour (et c'est tant mieux).