Chateau belles Filles, vin de Bergerac
vin du Sud Ouest
Le Compost
  

 

 

 

Les engrais naturels sont au cœur de beaucoup de polémiques, il y a les pour, et les contres. Nous ne sommes ni pour l’un ni pour l’autre, il faut, à notre sens, raisonner la fertilisation.

Il est indispensable de faire la différence entre fumure d’entretien et fumure de redressement.

La fumure d’entretien vise à amener à la plante ce dont elle a besoin, qui en général correspond à ce qu’elle exporte. Dans le cas de la vigne, il s’agit bien sûr du raisin, ou plutôt des composants du fruit. Bien entendu il faut rajouter les bois de taille et les exportations liés à l’atmosphère, vapeur d’eau et différents gaz. Nous complétons par ce qui migre dans le sol, ou qui est consommé par lui et l’environnement (il y a aussi de l’herbe, qui prélève sur les apports).

La fumure de redressement vise à corriger un déficit ou un excès flagrant. A ce propos, une mise en garde s’impose, le sol est équilibré de façon naturelle, et avant de vouloir corriger un défaut, il faut s’informer de la nature du déséquilibre, est-il normal dans la zone, ou induit par des pratiques agricoles abusives. Le pH (valeur de l’acidité du sol) en est un bon exemple, si il est bas, inférieur à 6, nous sommes en droit d’être inquiets, sauf si cela est la règle dans la micro région. Il est dangereux de modifier un niveau de pH d’un sol naturellement acide, le milieu y est adapté, et le risque de déstructuration de sol  par remonté trop violente du pH  est fort, il est plus sage d’adapter le mode de culture dans ce cas. La tentation  est forte de vouloir créer un milieu idéal pour nous. La notion de respect du terroir impose a contrario de prendre en compte cette spécificité, et même si la décision est dure à prendre, il faut  accepter de ne pas faire pousser de la vigne sur des terres où elle ne se plait pas, c’est une sage décision. La nature gagnera de toutes façons, et même si vous modifiez le sol en surface (20,30cm max), vous ne pouvez rien faire pour le sol profond. Nous avons en agriculture un proverbe d’une sagesse légendaire : « la chaux enrichit le père, et appauvrit le fils »

Les pratiques agricoles des cinquante dernières années ont bouleversé les sols, mais heureusement pour nous il est souvent possible d’intervenir efficacement sur le moyen terme. Une règle d’or : ne jamais dépasser 60 unités par ha et par an en fumure de redressement, que ce soit pour l’azote, la potasse ou le phosphore. Si l’analyse vous annonce un besoin de 200 unités, amenez-le sur trois ans. Cela donnera au milieu le temps de s’acclimater en douceur.

 

Utilisons ce qui est bien de chaque côté. Un compost, aussi bien équilibré soit-il, est efficace sur 5 ans, car la minéralisation des végétaux l’impose. Son utilisation n’est pas destinée à un emploi à court terme, mais à moyen terme. Pour amener les éléments nutritifs dont la plante a besoin, le volume de compost  reste raisonnable (de 3 à 6 tonnes par ha et par an). Mais en cas de nécessité de redressement du sol par une carence prouvée, cela devient beaucoup plus difficile. A part dans certains cas trop rares, les terres n’ont pas toujours été menées en bio, et les années d’engrais ont provoqué des déséquilibres graves. Dans notre cas, nos sols sont riches en phosphate, mais pauvres en potasse et en azote. Nous ne pouvons dissocier les composts naturels, et le risque d’amener trop d’un élément en voulant rééquilibrer un autre est fort. Il existe bien entendu des solutions bio, mais elles sont d’un coût prohibitif (3 à 5 fois plus cher qu’un engrais traditionnel), et surtout peu ou pas efficaces. Les phosphates naturels sont quasiment inexploitables par la plante, d’où un intérêt nul quant à leur apport, ils ne sont pas solubles dans l’eau, donc pas ou peu assimilables.

Nous préférons, comme à notre habitude, essayer de chercher la solution qui nous paraît la mieux adaptée à la résolution du problème.

La première étape, est de ne jamais emmener d’engrais composé, quel que soit les arguments du vendeur. La raison en est simple, les potasses employées sont sous formes chlorure et  sont totalement inassimilables par la plante, nous employons uniquement la forme sulfate de potasse. L’autre motivation vient de la possibilité de moduler ainsi exactement les apports sur chaque parcelle. L’inconvénient vient de l’obligation de multiplier les passages, mais il vaut mieux passer trois fois  que de polluer inutilement.

 

Pour notre compost, nous avons décidé de le fabriquer nous-mêmes à partir de  fientes sur paille de nos poulets labels (pour ne pas avoir d’antibiotique dans les fientes). Les composts proposés dans le commerce ne nous ayant pas  apportés satisfaction, ils sont  soit fait a partir de copeaux de bois (30 ans pour les décomposer, et surtout riches en lignine), soit pour les pires enrichis de boues de station d’épuration, et par conséquent pollués par des métaux lourds, bien sùr ce n’est pas inscrit sur le sachet.

Notre compost nous donne entière satisfaction, nous avons « récupéré » nos sols, les équilibres sols/plantes/environnement sont en phase de rétablissement. Les résultats qualitatifs sont déjà au rendez-vous, augmentation du taux de sucre dans les vins, meilleure fermantabilité, arômes beaucoup plus expressifs. Sur une ou deux parcelles, des proliférations de pissenlits nous indiquent que le taux de matière organique est suffisamment élevé, et qu’il est temps de lever le pied (les analyses chimiques disent le contraire, mais je préfère « écouter la nature ») . Accepter de  ne rien faire sur ses sols, apprendre la patience est une vertu essentielle dans la vie d’un bon paysan.